Trait d’Union « confinement » – 14 juin 2020 N°8

Durant cette période de confinement, la vie n’a pas été facile pour les résidents et

les soignants des maisons de repos. Vous en avez tous été témoins via les médias.

Catherine, infirmière à l’Aurore, résidence qui fait partie de notre communauté paroissiale,

vous partage son vécu et celui des résidents durant ces moments difficiles.

Bonne nouvelle ! Ce satané virus n’est quasi pas rentré chez nous ! (Une seule résidente testée positive, super-confinée et qui n’a jamais eu de symptômes. Aujourd’hui, elle va bien)

Mais, revers de la médaille : les mesures prises sont draconiennes et privent tous les résidents de liberté. Ils ont d’abord été privés de visites mais circulaient dans la résidence, mangeaient ensemble et avaient toujours des activités de jeux, de loisirs,… Depuis plus de 2 mois, ils sont confinés dans leur chambre et mangent tous, leur repas seuls. Plus de visites mais plus de coiffeur, ni pédicure, ni kiné extérieur, ni promenade au jardin, ni équipe d’aumônerie. Plusieurs d’entre eux ressentent très durement cette solitude ! D’autres sont campés devant la télévision, branchée sur KTO, 24h sur 24. J’exagère à peine !

Le personnel a été testé négativement. Une bonne nouvelle aussi ! Mais nous travaillons dans des conditions difficiles : avec un masque et, pendant plusieurs semaines, avec une visière également. Notre travail est plus important aujourd’hui puisque nous devons remplacer ce que les familles faisaient pour leur parent : trier le linge, le remplacer, le ranger, toutes sortes de petites tâches de rangement et de bien-être du résident, remplacer la coiffeuse et laver les cheveux, …

Le linge, les colis, les cadeaux, les petits mots, les lettres d’anniversaire, les dessins d’enfants, les mercis, tout cela est apporté régulièrement. C’est tout un travail de laisser tout cela en confinement quelques heures puis de le distribuer.

J’ai reçu des « Prions en Eglise » à distribuer à quelques résidents assidus à la messe et qui en sont privés, comme nous tous. Une jolie réflexion : j’explique à Madame que nous sommes le jeudi Saint et qu’elle peut lire les textes et prières dans le livret, je lui prépare la bonne page. Elle me répond : « Jeudi Saint, alors demain, il y aura un chemin de croix ». Les temps sont durs ! Hélas, il n’y a pas eu de chemin de croix organisé…ou plutôt…toute leur vie aujourd’hui est un chemin de croix !

C’est l’équipe d’animation qui est chargée de garder le contact avec les familles, par « skype », par vidéo, téléphone, …pas toujours facile quand le parent est un peu désorienté…Là, les résidents du rez-de-chaussée ont un tout petit avantage sur les autres : le jardin est toujours ouvert et les familles viennent faire des petits coucous. J’ai assisté à une jolie fête d’anniversaire : 15 personnes de la famille, à distance respectable avec guitare, chantant à tue-tête dans le jardin « Happy birthday », avec Smartphone pour immortaliser le moment. Aujourd’hui, le jardin est de nouveau accessible aux résidents, mais sous contrôle. Un autre moment privilégié : Madame est tout à fait à l’ouest et très handicapée. Il est 16h30, nous venons de l’installer dans son lit. On nous annonce que son fils est dehors, devant l’entrée. Sa chambre à elle est au premier étage. Nous décidons de la relever, avec lève-personne, nous la couvrons et l’amenons à la fenêtre. Son visage s’est transformé, elle était émerveillée de revoir son fils. Ils se sont parlé par téléphone, tout en se voyant à travers la fenêtre.

Aujourd’hui, quelques visites ont repris : les résidents sont dans une pièce du rez-de-chaussée et les familles sont à l’extérieur. C’est toute une organisation pour nous ! Mais des bons moments pour les familles, pas pareils cependant à ce qui se faisait auparavant. Tout doucement, avec beaucoup de précautions, la coiffeuse et les pédicures reviennent.

Personnellement, mon travail est très accaparant et j’ai peu de temps pour faire des « petites causettes » avec les résidents, je dois profiter du temps des soins pour bavarder. Heureusement, ces partages se répètent et nos échanges ressemblent à une mosaïque, pleins de petits moments grappillés au fil des jours. Certains résidents sont bien contents de nous voir…pas tous : une résidente désorientée trouvait qu’à travers masque et visière, j’étais sévère, elle se demandait ce qu’elle avait de mal…Mieux vaut en rire !

Voilà, mes quelques réflexions. Je sais que nous n’en n’avons pas du tout terminé, que le chemin sera encore long. J’espère cependant que des moments de plaisir et de bonheur vont être possibles pour tous ces résidents, sans danger pour leur santé.

Catherine Stappaerts,

infirmière à l’Aurore.

Un tout grand merci à Catherine pour ce beau partage émouvant qui relate bien le vécu dans les maisons de repos durant le confinement et confirmant le bienfondé des applaudissements du 20h !

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